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Volume 10 numéro 1  -  février 2012

Les cent ans de la méthode des cas en gestion1

Table des matières (téléchargement de cas)

Mot de la rédaction

Anne Mesny, directrice et rédactrice en chef

Il y a un siècle exactement, en 1912, la méthode des cas (initialement utilisée en droit et en médecine) était introduite dans l’enseignement de la gestion, à Harvard, dans le programme de MBA créé quatre ans plus tôt dans la prestigieuse université. À l’époque, la méthode des cas consistait à faire venir successivement une quinzaine de dirigeants qui venaient exposer à la classe un « problème ». Durant cette première rencontre, les dirigeants répondaient à toutes les questions des étudiants à propos de cette situation problématique. À la rencontre suivante, deux jours plus tard, chaque étudiant remettait un rapport écrit contenant son analyse et ses recommandations. Lors de la troisième et dernière rencontre, chaque dirigeant discutait en classe avec les étudiants des rapports que ces derniers avaient remis.

Cent ans plus tard, la méthode des cas, en dépit des critiques acerbes adressées, avec raison, aux business schools, et à leurs programmes de MBA plus particulièrement, demeure un ingrédient-clé de l’enseignement de la gestion un peu partout dans le monde.

Aujourd’hui, un « cas » se présente le plus souvent sous la forme d’un document écrit (mais on trouve maintenant de plus en plus de « cas multimédias ») : un cas est la description en contexte d’une situation réelle de gestion. Certaines données sont parfois maquillées pour préserver la confidentialité des entreprises ou des personnes.

La « méthode des cas » repose essentiellement sur la discussion des « cas » en classe. Au lieu d’un enseignement magistral où le professeur parle et « transmet sa matière » à des étudiants passifs, un cours devient une discussion menée par les étudiants, plus ou moins guidée par l’enseignant. La discussion reste centrée sur la situation concrète décrite dans le cas et suscite souvent un engagement très fort des étudiants qui ont tendance à s’identifier à l’un ou l’autre des protagonistes du cas (surtout lorsqu’il s’agit d’étudiants qui ont déjà une certaine expérience du monde des affaires).

Une discussion de cas n’a donc rien d’une conversation de salon. Il s’agit généralement de se mettre dans la position d’un des protagonistes du cas (le plus souvent un gestionnaire ou un dirigeant) et de prendre position sur ce qu’il faudrait faire pour résoudre le problème ou le défi auquel il est confronté. D’autres fois, il s’agit plutôt de prendre position sur ce qui s’est passé et d’évaluer les actions entreprises.

Mais toujours, les étudiants doivent argumenter, analyser, écouter les autres, mobiliser de façon active cette fameuse « matière », expliciter leur expérience qui les fait pencher pour telle ou telle position, confronter leur expérience à celle des autres, aborder la même situation sous plusieurs angles, s’apercevoir que la décision qu’ils préconisaient a des conséquences auxquelles ils n’avaient pas pensé, constater qu’ils ne prêtent pas attention aux mêmes éléments que les autres, qu’ils n’interprètent pas ces éléments de la même façon, s’en étonner, s’en offusquer, tenter de le comprendre, etc. Trouver leurs propres « réponses » au cas, au lieu d’attendre que l’enseignant leur en donne une.

Une telle approche pédagogique repose sur l’idée que la gestion est d’abord et avant tout matière de jugement. Et de sensibilité à un contexte toujours unique. Il n’y a pas de recette universelle, pas de solution miracle, pas deux situations de gestion qui sont exactement les mêmes. La méthode des cas repose aussi sur l’idée qu’un gestionnaire est un être d’émotion autant que de raison, qui a besoin d’action autant que d’analyse et qui doit se connaître lui-même avant d’espérer « gérer les autres » avec un quelconque succès.

Rien de mieux que l’expérience réelle de la gestion pour développer son jugement, cette sensibilité et cette connaissance de soi, me direz-vous. Sans doute. Et pourtant, nous connaissons tous des gestionnaires très expérimentés qui semblent cruellement manquer de jugement ou de lucidité sur eux-mêmes. Nous avons tous des doutes parfois sur notre propre capacité à apprendre de nos expériences et nous avons souvent tendance à répéter les mêmes erreurs… D’où l’idée, peut-être, qu’on peut « apprendre à apprendre ».

Les huit cas de ce premier numéro de l’année 2012 témoignent bien de la vitalité de la méthode des cas en gestion, un siècle après sa naissance « officielle », et de la pertinence de ses ambitions pédagogiques.

Bonne lecture!

1Une version légèrement modifiée de ce texte est parue dans le quotidien La Presse le 9 janvier 2012.

Sommaire
*Pour télécharger les cas, cliquez sur les liens en bas de page.

Les pompes Ohlson Canada et
Ohlson Pumps Canada
Rémy Boulianne et Serge Poisson‐de Haro
Les défis qui se posent au nouveau dirigeant de la filiale canadienne du manufacturier Ohlson Pumpen (entreprise maquillée) pour assurer la pérennité de l’organisation.

Katharine Graham et le Washington Post
Jacqueline Cardinal et Laurent Lapierre
Le parcours fascinant de cette éditrice du journal The Washington Post qui joua un rôle déterminant dans la révélation de deux scandales qui bousculèrent le monde de l’édition et celui de la politique.

Participatory Geography Information Systems in Sierra Nevada, Mexico
Marlei Pozzebon et Natalia A. Delgado
L’analyse de la mise en place d’un système d’information géographique innovateur, destiné à permettre à une communauté mexicaine de mieux organiser et gérer ses ressources naturelles.

La mise en œuvre du système de production Hyundai
Martin Beaulieu et Sylvain Landry
Un portrait de l’évolution de la société Hyundai Motor, et une description de la mise en œuvre de son système de production.

Walter inc. : Faire face aux géants
Taïeb Hafsi et Joëlle Piffault
L’histoire de la réussite d’une petite entreprise familiale en dépit de la concurrence exercée par des géants dans son domaine.

Successfully Navigating the Turbulent Skies of a Large‐Scale ERP Implementation
Benoit A. Aubert, Simon Bourdeau et Brett Walker
Les progiciels de gestion d’entreprise entraînent des changements à une échelle beaucoup plus grande que la plupart des autres systèmes d’information. Bombardier en fait la démonstration.

Conclure des négociations de gré à gré. Oui, mais pas à n’importe quel prix!
Martin Beaulieu et Jean Nollet
Une description du contexte dans lequel se déroule la négociation entre Hydro-Québec et ses prestataires de services d’élagage de la végétation.

Madeleine Careau et l’Orchestre symphonique de Montréal
François Normandin et Serge Poisson‐de Haro
Une illustration du parcours de la directrice générale de l’OSM qui a eu à affronter deux crises majeures à savoir le départ du maestro Charles Dutoit et une grève des musiciens de l’orchestre.

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Table des matières

Les Pompes Ohlson Canada (A)

Les Pompes Ohlson Canada (B)

Ohlson Pumps Canada (A) 

Ohlson Pumps Canada (B)

Katharine Graham et le Washington Post

Participatory Geography Information Systems in Sierra Nevada

La mise en œuvre du Hyundai Production System

Walter inc. : Faire face aux géants

Successfully Navigating the Turbulent Skies of a Large-Scale ERP Implementation

Conclure des négociations de gré à gré. Oui, mais pas à n’importe quel prix!

Madeleine Careau et l’Orchestre symphonique de Montréal

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